BIOGRAPHIE RUFUS CAPPADOCIA
Rufus Cappadocia, violoncelliste virtuose d’origine italo-canadien, est un chantre d'innovation musicale qui redessine les frontières du jeu de cordes et de l’archer. Pour entendre les sons qui l’habitent, Cappadocia va jusqu’à créer ses propres instruments, un Violoncelle Electrique à 5 cordes dont le son fait sa signature, et un Bajo Quinto fretless, sa variation unique du Oud.
Basé à New York depuis 1991, l’aventure musicale de Cappadocia commence dès l’âge de 3 ans en Ontario, au Canada, lorsqu’il touche à un violoncelle pour la première fois. Formé à partir de 7 ans, par Zdenick Konicek, premier violoncelliste de l'Orchestre Philharmonique de Prague, Cappadocia ressent très tôt l’appel de l'improvisation : « La première fois que j'ai entendu une ligne de walking bass, quelque chose a bougé profondément en moi », se souvient-il. « En entendant 'The Thrill Is Gone' de B.B. King, j'ai pleuré, j’ai découvert que je n'étais pas seul.»
À l'âge de 18 ans, Cappadocia part à Montréal pour étudier à l'Université McGill, sous la direction de Walter Joachim. Aimanté par la section ethnomusicologie de la bibliothèque universitaire, il y découvre tout, depuis les chants des Pygmées Baka de la forêt tropicale d'Afrique de l'Ouest aux enregistrements folkloriques Bulgares traditionnels. La bibliothèque devient sa porte d'entrée vers un monde de sons, de sensations qui l'éloigne de la trajectoire de la musique classique. « Ce fut une période très productive. J'apprenais, à la note près, les solos d'Hendrix et les riffs de Coltrane, ce qui m'a finalement amené à construire mon violoncelle à cinq cordes pour pouvoir me tenir aux côtés d'autres instruments électriques. J’ai installé des micros inspirés de Fender, branché le violoncelle à un ampli à batterie et joué dans les rues et les stations de métro. »
Parlant couramment l'Anglais, le Français et l'Espagnol, Cappadocia quitte l'Université McGill pour l’Europe où il vit et voyage comme musicien de rue, pour finalement s'installer à Séville, s'immergeant dans le Flamenco. « J'ai tout utilisé : la main gauche, les techniques de guitare, la façon dont les pas de danse portaient les rythmes. Tout cela faisait partie d’une quête, même si je ne savais pas exactement ce que je cherchais ».
Depuis ce premier voyage quasi initiatique, les innovations et collaborations de Cappadocia poussent son violoncelle dans des territoires inexplorés, fusionnant musique modale et polyrythmique. « J’ai fait mon apprentissage dans diverses traditions musicales et j’ai joué avec des musiciens et des danseurs du monde entier, mais au final, la musique se résume à une seule source. Vous pouvez être tiré dans différentes directions, mais tout converge au même endroit. Je suppose qu’on pourrait dire que toute ma vie a été une tentative pour atteindre cet endroit. »
Après son immersion à Séville, Cappadocia s’envole pour New York avec une soif intense de collaborations musicales. « Si mes voyages m’ont appris quelque chose, c’est bien l’intérêt de jouer avec d’autres artistes». Il rejoint très vite l'ensemble de Jazz Balkanique aux multiples facettes de Matt Darriau, The Paradox Trio, joue simultanément avec des artistes d'Afrique de l'Ouest, des Balkans, et des Caraïbes , fait des apparitions régulières à la Knitting Factory à Manhattan. Chaque rencontre musicale matche. Il est chaleureusement accueilli dans les communautés musicales auxquelles il se frotte.
Au début des années 90, New York niche une pépite, le Fareta Culture Center, l’épicentre de la culture africaine où les musiciens et danseurs membres du légendaire ballet national de Guinée, les Ballets Africains, jouent, dansent comme au pays, partagent et enseignent, avec authenticité, la musique et la danse mandingue. Fareta a marqué un tournant pour Cappadocia. C'est là qu'il joue et enregistre avec des artistes comme Keba Cissoko, maître de la Kora, et se produit avec Kassé Mady Diabaté, le griot chanteur surnommé « la Voix d'Or du Mali », Epizo Bangoura, Aby Sylla et Famoro Diabaté. Fareta est également le studio de danse où enseigne la célèbre chorégraphe Pat Hall. Cappadocia commence alors à jouer pour ses cours et sa compagnie de théâtre. Le fait de jouer essentiellement comme un batteur au violoncelle solidifie son approche rythmique et le conduit à travailler avec l'artiste haïtienne Sheila Anozier de même qu’avec le batteur de cérémonie haïtien « Bonga » Jean Baptiste. S’ensuivent une collaboration avec les Vodou Drums of Haiti et l’enregistrement de l'album de Bonga « Ayiti Africa » qu'il produit. artiste avec lequel il noue une solide amitié qui perdure jusqu’à présent.
Sur la scène Latine, Cappadocia se produit notamment avec le légendaire Joe Cuba. Mais son esprit novateur et son appétence pour l’exploration le conduisent à des collaborations, de tous les horizons, avec des artistes de renom comme Seamus Eagan, Vishal Vaid, le guitariste new-yorkais David « Fuze » Fiuczynski, le grand Brahim Fribgane, oudiste et percussionniste Marocain, Stellamara, l'ensemble de musique électroacoustique d'Europe de l'Est, du Moyen-Orient et d'Amérique, la légende de la Soul Aretha Franklin, The Campbell Brothers, de le tradition « Sacred Steel », Theodosii Spasoff, maître musicien Bulgare de Kaval, Ivo Pappasoff, Odetta, auteur-compositeur et interprète surnommé la « voix des droits civiques américains », Vernon Reid, guitariste fondateur du groupe de rock Living Colour. Cappadocia fait également de nombreuses tournées avec The Black Rock Coalition, un collectif d'artistes basé à New York dédié à la promotion de la liberté créative des musiciens noirs. Il joue aussi avec Barney McAll, le pianiste et compositeur de jazz australien, Badal Roy, le maître indien du tabla dont la batterie a propulsé la fusion Est-Ouest avec Miles Davis, Kelvin Bell, Dean Bowman, William Cepeda, le célèbre compositeur et tromboniste portoricain, Pete Seeger, le pionnier de la musique folk américaine ou encore avec le clarinettiste de Jazz Tony Scott et bien d'autres.
Sur la scène musicale grecque, avec le compositeur polymathe Ross Daly, Cappadocia est formé au Maqam, approfondissant sa compréhension de l'art de la musique modale et de la micro-tonalité. Après qu’ils aient enregistré un album qui a fait date, Ross Daly, commente le talent multi-facette de Cappadocia, avec ces mots : « Dans le jeu de Rufus, on peut clairement discerner les influences provenant d'un domaine aussi éloigné que Jimi Hendrix, les modèles rythmiques et mélodiques de la musique ouest-africaine, la phraséologie du travail balkanique, la technique de la lyre crétoise ainsi que d'innombrables autres influences, qui témoignent toutes d'une relation profonde et étendue au sein d'une riche variété de traditions musicales ».
Ce qui caractérise Cappadocia est vraiment sa manière d'improviser, originale et singulière. Son jeu témoigne d’une passion profondément enracinée pour la musicalité dans toutes ses expressions mais aussi pour comprendre la lignée et les structures racines. De la construction d'instruments à la maîtrise des aspects d'ingénierie, de mixage et de production, son approche holistique souligne sa croyance dans la musique en tant que langage universel. Cette quête d'expertise musicale l'a conduit sous la tutelle de Joe Ferla, un ingénieur du son légendaire, six fois récompensé par un Grammy Award, à étudier l’ingénierie du son, à maîtriser l'art de manipuler les champs sonores, compétence qui est devenue un aspect déterminant de son identité musicale.
Son parcours aux rencontres toujours fécondes démontre que l’art de jouer se conjugue à celui de transmettre. Ainsi, il transmet, enseigne, notamment à l'éminente violoncelliste Leyla McCalla. Cappadocia donne des workshops un peu partout où les festivals l’emmènent tantôt pour jouer en solo ou avec ses différents groupes ou le duo formé avec le flûtiste Nigérien Yacouba Moumouni. Fusionnant, avec sa frappe singulière et son archet vocaliste, les modalités du Moyen-Orient, les rythmes d'Afrique de l'Ouest, le folk européen, le blues, le rock, le jazz, les racines Américaines, les sons méditerranéens et les percussions caribéennes, Cappadocia incarne l'universalité comme la singularité de la musique, portée par sa quête incessante d'originalité et son profond respect pour les diverses traditions musicales.
La carrière de Rufus Cappadocia est un récit remarquable d'explorations et d'innovations musicales. Son approche holistique de la musique – de la fabrication des instruments à la finesse de l’ingénierie sonore et de l’interprétation – illustre sa compréhension profonde de la musique en tant que forme d’art qui transcende les frontières culturelles et géographiques. Ses contributions continues au monde de la musique ne résident pas seulement dans les sons qu'il crée, mais aussi dans les connaissances qu'il transmet et les collaborations qu'il favorise, faisant de lui une véritable icône dans le monde de la musique moderne.
Coutumier de longues amitiés musicales, c’est avec Yacouba « Denke-Denke » Moumouni, le célèbre chanteur Nigérien et maître de la flûte Peul que Cappadocia termine actuellement un troisième album « L'Art de la Pentatonique ». Et c’est avec la vocaliste, danseuse haïtienne, Sheila Anozier, qu’il vient de former « TRANPE » et d’enregistrer l’album éponyme, de musique néo racine, qu’il a composé, mixé et produit.